DEBATS DES JOURNALS
«CONTRE-PRODUCTIF, DANGEREUX POUR L'INNOVATION ET LA RECHERCHE» de M. Buxant (Avril 24th, 2006, Le Libre Belgique)
Professeur d'économie à l'Université Catholique de Milan, expert des questions de concurrence, Federico Etro s'est intéressé, dans le prestigieux «Rand Journal of Economics» (*), à la manière dont les firmes leaders se comportent sur un marché. Il s'est attardé sur le cas du géant Microsoft.
Microsoft abuse-t-il de sa position dominante en Europe?
Microsoft est leader et se comporte de manière agressive, ça veut dire qu'il mantiens les prix bas et il invest beaucoup en innovation à cause de la pression des competitors effectifs et potentials dans le marché des systèmes d'exploitation. Et ses parts de marché immenses sont les conséquences des prix bas qu'il pratique(selon mes étudès, si Microsoft était monopoliste, le prix de Windows pour a medium PC, serait de 1.000 euro, mais dans la réalitè il s'approche à 50 euro). Le stratégies d'un leader agressive comme Microsoft, à partir du bundling gratuite de Windows avec MediaPlayer, sont competitives et pas finalisées à crèer des barriéres à l'entré.
Microsoft doit maintenant assurer la compatibilité entre Windows et les autres systèmes...
Microsoft a été forcé de révéler certaines informations pour assurer l'interopérabilité entre Windows et d'autres systèmes d'exploitation. Mais les demandes de la Commission européenne ne sont toujours pas claires; elle ne cesse de réclamer plus de la part de la firme américaine. Microsoft a révélé récemment le code source de son système Windows: c'est la documentation ultime du software. Que peut-on encore demander de plus?
L'impact de cette décision sera-t-il négatif?
Le débat économique futur va porter sur les gains qui résultent du fait que l'on a forcé une entreprise à révéler des secrets technologiques protégés par copyright... Mais y a-t-il des gains? Devait-on le faire? Sur le long terme, c'est contre-productif. Qui va investir dans l'innovation et dans la recherche si les droits de propriété intellectuelle sont bafoués? On crée un dangereux précédent d'autant que l'industrie de haute technologie est souvent caractérisée par des investissements massifs en recherche et développement.
Les régulateurs américains ne se comportent pas de la même manière?
Non. L'approche américaine protège, dès le départ de la procédure, beaucoup plus les droits des entreprises. Mais le problème Microsoft est international; si le régulateur européen force la firme à révéler ses secrets technologiques, ils seront connus des deux côtés de l'Atlantique. Aux Etats-Unis, la firme se retrouve plus rapidement devant un procureur - ici on a dû attendre deux ans -, c'est une asymétrie entre les deux systèmes.
Faut-il donner moins de pouvoir à la Commission européenne en matière de concurrence?
Pas forcément. La réforme amorcée parallèlement au procès Microsoft des règles de la concurrence va dans la bonne direction. On essaye d'être moins dogmatique, de tenir compte de l'analyse économique et de l'intérêt du consommateur.
(*) «Agressive Leaders», par Federico Etro (2006, Rand Journal of Economics). © La Libre Belgique 2006
«COMBATTRE LES BARRIERES, PAS LES LEADERS» (Juin 18th, 2004, Le Libre Belgique)
Tapis rouge à l'Université d'Harvard ou à celle de Milan, où il est professeur d'économie, à la très British «Royal Economic Society» à laquelle il est associé, on s'arrache Federico Etro. La théorie qu'il a développée* apporte une réponse au «paradoxe de Arrow» - du nom du Prix Nobel d'Economie 1972 - selon lequel les situations de monopoles devraient conduire à moins d'investissement dans la Recherche et le développement (R&D) alors que la pratique suggère le contraire.
Les situations de monopoles peuvent être bonnes pour l'innovation des entreprises?
Exact. Le point de départ théorique est que, traditionnellement en terme d'innovation, on prétend que les monopoles, les firmes qui détiennent un brevet, ont très peu d'incitants pour investir dans l'innovation. Nous avons complété un modèle qui démontre l'inverse: sous certaines conditions, ces firmes et acteurs sont très motivés à investir dans la R&D.
Quelles sont ces conditions?
Il y en a deux. Premier élément: il faut que le détenteur du brevet soit le leader dans le secteur où il évolue. Ensuite, il faut qu'il y ait une entrée libre sur le marché de l'innovation en question. Le libre accès mène à plus d'investissement dans l'innovation parce que le détenteur du brevet craint, à court terme, de perdre sa position dominante. Donc il investit beaucoup...
Et se comporte plus agressivement sur son marché...
Oui. Et s'il n'y a pas d'accès libre, l'innovation viendra sur le long terme. Celui qui occupe la position dominante ne craint pas de la perdre et cherche seulement à tirer le plus de bénéfices possibles de sa position.
Concrètement...
Le secteur pharmaceutique, par exemple, est un secteur où il y a «entrée libre», et où beaucoup de firmes investissent pour découvrir de nouveaux médicaments. Si dans un domaine particulier, il existe une firme qui détient un brevet sur un médicament spécifique, vous constaterez que cette firme effectue beaucoup d'investissement en R&D en vue de trouver un médicament encore meilleur que celui pour lequel elle détient un brevet. En Formule 1, pendant des années des équipes comme McLaren ou Williams-Renault ont tout gagné, maintenant c'est Ferrari. Ces équipes étaient des leaders technologiques et parallèlement elles faisaient un maximum de recherche pour rester au top. C'est typiquement un marché «ouvert» puisque n'importe quel constructeur peut débarquer et essayer d'être le meilleur. En creusant un peu plus, on s'aperçoit que cela fonctionne par cycle de quelques années: tant que votre équipe de recherche reste au top...Dans d'autres secteurs où il n'y a pas d'entrée libre et où faire de l'innovation revient très cher.
Dans le cas de Microsoft, y a t-il une entrée libre à l'innovation?
C'est le grand débat. Mon point de vue est que, à un certain niveau, il y a bien un accès libre: on constate qu'il y a un grand nombre d'entrants sur ce marché et que Microsoft est le gagnant. L'accès libre incite Microsoft à investir énormément dans l'innovation... Je sais que de nombreuses personnes ne seront pas d'accord avec cette vision des choses.
Au plus fort est le brevet, au plus il est protégé, au plus la firme va agir comme un leader stratégique...
Agir comme un leader stratégique, cela signifie que vous prenez vos décisions avant que les autres ne le fassent. Le leader stratégique du marché décidera comment innover et combien investir dans l'innovation avant les autres firmes. Ensuite, les suiveurs se positionnent par rapport à position prise par le leader stratégique. Ceci est considéré comme un avantage sur le marché puisque les autres se réfèrent au standard que vous avez imposé. Dans le cas de figure des systèmes d'exploitation, avec Windows, Microsoft est clairement un leader stratégique. Quoique Microsoft fasse, cela servira de référence à tous les autres opérateurs travaillant sur ce marché.
Les autorités de la concurrence, la Commission européenne par exemple, agissent donc parfois à tort?
Oui. Je ne pense pas que mener un combat contre Microsoft relève d'une bonne pratique de la concurrence. Il faut se battre pour autoriser une entrée libre au marché de l'innovation. Il faut combattre les barrières, pas les leaders. Tant qu'il n'y a pas de menace sur l'innovation, le comportement peut être évalué comme positif.
Comment aider l'industrie du logiciel sans pénaliser Microsoft dès lors?
Il faut réunir les conditions pour que toutes les firmes sur le marché puissent facilement faire de l'innovation, de la recherche et puissent vendre leurs produits. Il y a aussi la question des toiles que Microsoft tisse entre les différents éléments de son système d'exploitation et ses produits. Si cela est considéré comme une barrière à l'entrée, je suis d'accord sur le fait que les autorités anti-trust doivent agir, mais la question est de se battre contre les barrières et non pas contre Microsoft en tant que tel.
* «Innovation by Leaders». Economic Journal, Avril 2004. © La Libre Belgique 2004
ETUDES ACADEMIQUES
Politique Économique et Croissance en Europe P. Aghion, É. Cohen et J. Pisani-Ferry (2006, Conseil d’analyse économique)
Il n’est sans doute pas nécessaire de souligner la grande actualité du
rapport qui suit. Après le double non français et néerlandais au projet de
constitution européenne, l’Europe politique est en panne, pour une durée
indéterminée. En attendant qu’elle rebondisse, ou plutôt pour faciliter son
rebond, il faut compter sur l’Europe économique. Or, de ce côté-là, le bilan
et les perspectives à court terme sont pour le moins mitigés.
Le rapport part d’un constat aujourd’hui largement partagé : la stratégie
européenne de croissance n’a pas donné les résultats que l’on pouvait en
attendre, surtout après les objectifs ambitieux affichés à Lisbonne (2000) en
matière d’innovation et de R&D, de formation, d’emploi, etc. D’où viennent
la panne de croissance européenne, la fragilité économique et sociale et le
sentiment de frustration qui l’accompagnent ? Les explications habituelles,
généralement fondées sur des comparaisons Europe/États-Unis – la lenteur
des réformes structurelles, la « préférence pour le loisir », le caractère encore
incomplet du marché unique, la faible réactivité des politiques macroéconomiques
en Europe… – ont, chacune, leur part de vérité. Les auteurs
insistent ici sur deux aspects :
• l’intégration économique européenne s’essouffle, et les potentialités
nées de l’élargissement existent mais il faut se donner les moyens économiques
et politiques de les concrétiser. Les chiffres confirment bien que l’intégration
ne joue plus son rôle de moteur de croissance ;
• en fait, même si les responsabilités nationales ne peuvent pasêtre évacuées (par exemple, sur la non-réalisation de l’agenda de Lisbonne),
il faut affronter la réalité : les déficiences de la croissance européenne renvoient
aussi, en partie, aux dysfonctionnements dans le système de politique économique en Europe. Il apparaît en particulier que prétendre aborder séparément
les politiques macroéconomiques et les réformes structurelles ne
tient pas la route. Ainsi, par exemple, l’effet des politiques macroéconomiques
(monétaire, budgétaire…) contra-cycliques est clairement accru lorsque
ces politiques peuvent profiter de mesures structurelles comme le meilleur
fonctionnement du marché du travail et du marché des biens.
C’est pourquoi le rapport privilégie plusieurs recommandations concrètes
dans le droit fil du diagnostic effectué.
Un premier axe consiste à (re) faire du marché unique un atout pour la
croissance, en accélérant en particulier la libéralisation des services et l’intégration
financière. Il faut aussi se donner les moyens des objectifs de
Lisbonne, en promouvant un espace européen de la recherche et de l’enseignement
supérieur et en opérant un redéploiement à l’intérieur du budget
communautaire (dans la ligne du rapport Sapir). La réhabilitation de politiques
macroéconomiques contra-cycliques en Europe passe par une politique
monétaire plus réactive, une gouvernance plus ferme de la nouvelle
mouture du pacte de stabilité et de croissance et des redéploiements à l’intérieur
des dépenses publiques. Enfin, il faut tirer toutes les conséquences
de la non-séparabilité entre politiques macroéconomiques et réformes structurelles,
et, du point de vue institutionnel, renforcer la capacité propre d’intervention
de la zone euro.
Ce rapport a fait l’objet d’une présentation au Premier ministre lors de la
réunion du CAE du 14 septembre 2005.
Christian de Boissieu, Président délégué du Conseil d’analyse économique
Pourquoi l’Europe ne ressemble-t-elle pas à ce que voudraient les économistes? J von Hagen et J. Pisani-Ferry (2003, Review Economique)
La mise en place de la Convention européenne conduit à reposer la question des finalités et des principes de l’Union européenne. Cet article confronte les enseignements de la théorie économique du fédéralisme et les leçons de l’histoire de l’intégration européenne. Il relève les convergences entre approche normative et approche positive, mais aussi les différences. Sur cette base, il examine si, comme le suggèrent des travaux économiques récents, l’Europe est allée « trop loin », ou si, plutôt, c’est la théorie économique qui peine à rendre compte de certains aspects de l’intégration européenne.
INTRODUCTION A L’ANALYSE ECONOMIQUE G. Kolèda (2007)
Economie Politique de la Taille des Nations F. Pouget (2005)

French papers
